Socialearning - le blog

Si aujourd’hui les entreprises sont nombreuses à se lancer dans les nouvelles formes de collaboration et d’apprentissage (organisation apprenante, entreprise collaborative, entreprise en réseau, social learning, entreprise 2 .0, réseaux sociaux d’entreprise.), peu nombreuses sont celles qui comprennent vraiment les efforts et les changements nécessaires à de telles démarches.

Comme un obèse croyant qu’un simple anneau gastrique va lui éviter de bouleverser son mode de vie, il est plus facile de s’acheter un joujou 2.0 que de se pencher sur son organisation, son management, sa culture, ses modes de communication, sur les individus qui la composent et sur les différentes formes d’apprentissage qui sont à l’œuvre.

Le syndrome d’Asperger organisationnel

Temps de pause à minima, suppression de la machine à café, contrôle des pauses cigarettes, réductions des déjeuners avec les partenaires… Dans l’esprit de certains, c’est souvent l’équation gagnante : réduire le temps de « distraction » des salariés pour augmenter la productivité des équipes.

Dans les faits, si le temps de travail effectif augmente, il n’est pas évident que la productivité de votre organisation suive la même courbe. Bien au contraire, il y a de forte chance pour qu’elle développe ce que j’appelle un syndrome d’Asperger organisationnel. Le syndrome d’Asperger est un trouble de l’apprentissage social, classé dans la famille de l’autisme. Il affecte la vie sociale de la personne, ses perceptions sensorielles, mais aussi sa motricité. Ce syndrome s’accompagne souvent d’une propension aux routines répétitives et d’un grand formalisme. En essayant de supprimer les facteurs de socialisation des employés, l’entreprise risque bien de développer tous ces symptômes : des employés uniquement concentrés sur leurs taches quotidiennes, un fort contrôle bureaucratique, une organisation myope et sclérosée…

Et ce n’est pas une pilule 2.0 qui guérira le malade, car simplement on ne crée pas dans le virtuel des comportements et des habitudes qui n’existent pas dans le réel. La plus belle des plateformes de social learning sera une coquille vide si dans vos bureaux entre eux ou avec leur environnement, vos collaborateurs n’ont pas votre confiance pour échanger, partager, collaborer. Par collaboration, je ne parle pas de prendre les décisions ensemble ou de passer son temps en réunion. Collaborer, c’est connaître les forces et savoir-faire de chacun. C’est construire un capital confiance en écoutant chaque individu et en acceptant son parcours. La collaboration, c’est comprendre sa place, celle des autres, les interdépendances. La collaboration, c’est la capacité de faire face ensemble aux défis en en discutant ensemble.

Un gigot bitume comme remède

social learning et collaboration IRL

Il existe dans le secteur du bâtiment  la tradition du gigot bitume. C’est une méthode de cuisson employée à l’origine par les maîtres étancheurs à l’occasion des fêtes de fin de chantier. Elle consiste à envelopper soigneusement un gigot d’agneau et à le plonger dans une cuve de bitume à 230°. C’est l’occasion pour toutes les entreprises et tous les corps de métiers ayant participé à un chantier de faire la fête ensemble. Et comme toutes traditions, celle-ci est en train de disparaître. Vous pensez : payer pour qu’ouvriers et architectes passent une journée autour de la table au frais de la princesse, cela chagrine plus d’un directeur financier.

Pourtant, le président d’une entreprise de restauration immobilière, pour qui j’ai travaillé dernièrement, m’expliquait qu’il avait remis au goût du jour cette tradition. Et même qu’il l’avait étendue au moment du lancement du chantier. Deux ans auparavant, sa société avait failli être emportée par un important retard de livraison. A l’origine de ses problèmes, une mauvaise communication entre 2 entreprises, entre 2 chefs d’équipe.  « Un chantier dure 2 à 3 ans, pendant lesquels doit se former une équipe. Pour moi, l’important, c’est le bien-travailler ensemble. Donc, ensemble, partager des moments, des rituels qui sont autant d’occasions de rapports humains que ne permettent pas les réunions hebdomadaires de chantier» me confiait ce dernier. A l’occasion d’un gigot bitume, les différents acteurs apprennent à se connaître, à se comprendre. Et les résultats sont là qui se ressentent sur la qualité, sur la rapidité de résolution des anomalies. « D’un point de vue comptable, nous perdons 1 journée de travail sur le chantier et quelques milliers d’euros pour le traiteur, mais au final, ce sont des centaines de milliers d’euros que nous économisons ».

La vraie collaboration, pas celle décrétée d’en haut, l’apprendre ensemble n’est donc pas affaire d’outils, mais bien d’état d’esprit, de culture.

Quant au gigot bitume, je vous invite à y goûter si l’occasion vous le permet. C’est simplement exquis :-)

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