Socialearning - le blog

socialearning - une part d'ombre dans la description du travail

Retrouvez ici la première partie de cette article

Si une partie des acteurs sociaux se satisfait des liaisons formation/ diplôme/emploi liées les unes aux autres à l’occasion d’une qualification reconnue collectivement, une bonne partie des employeurs sont tentés de se détourner de ces modalités au motif de la nécessité d’une plus grande flexibilité pour répondre aux exigences du marché. Cela peut expliquer le succès de la notion de compétence.

Les séparations qui s’opèrent entre les couples qualifications/postes occupés et/ou dans les couples diplômes/emplois exercés sont particulièrement visibles dans les parcours professionnels de moins en moins en lien directe, et durablement, avec la formation initiale.  L’origine de ces ruptures se trouverait dans la nécessité, pour les organisations de travail, de mettre en œuvre de la souplesse et de la réactivité.

Il n’est pas difficile d’imaginer que de tels changements organisationnels vont avoir des répercussions sur les modalités mais aussi sur les finalités de la formation. En effet, la réalisation d’une action en contexte nécessite autre chose que la simple application de consignes ou de savoirs préalablement définis. La simple transmission de savoir nécessaire sur la base d’un travail décrit ne suffit plus. Il s’agit de formaliser des pratiques issues de l’action en contexte professionnel et de les construire comme concept. C'est là l’objet de la psychodynamique du travail. Cette discipline propose de construire des éléments conceptuels et opératoires qui définissent l'investissement subjectif de l'homme dans le travail, soit la mobilisation de son intelligence dans l'action. Après le travail décrit (la fiche de poste et autres référentiels en vigueur), voici le travail réel qui nous est proposé, comme support à l’apprentissage professionnel.

Quelles en sont les principales conséquences pour la construction de dispositifs de formation professionnelle ?

D’entrée de jeu, la différence entre la tâche et l’activité peut nous permettre de mieux appréhender cette approche. Il existe une différence fondamentale entre les écrits d’experts sur l’exercice professionnel et ce que le professionnel expérimente (éprouve) dans l’exercice de son activité quotidienne. Nous pouvons tous faire l’expérience de la différence entre la règle et son application, entre la procédure professionnelle et sa pratique quotidienne. Dans cette optique, il va bien falloir se résigner à ce que l’action ne se réduise pas aux mots pour le dire.

Dans la foulée, c’est l’objectivation du travail qui fait l’objet d’une interrogation. L’activité professionnelle peut-elle être parfaitement définie et décrite ? Assurément non, puisque comme l’assure Guy Jobert « travailler ne consiste jamais en une pure exécution de normes antécédentes mais exige de la part des opérateurs une mobilisation d'intelligence, de l'invention, de la prise de décision, soit pour rendre les règles applicables malgré la singularité des situations, soit pour pallier leur manque ou leur inadéquation ». C’est ainsi que loin de la volonté de tout décrire il s’agirait bien de se résoudre à une part d’ombre, d’intransmissible et d’indescriptible. La réalité conduit à se débrouiller, à composer, à inventer pour venir à bout des impératifs de production et surmonter les contraintes subies.

Dans cette configuration il va être possible de recenser les conditions favorables à l'apprentissage des individus par et dans le travail : ou, pour le dire autrement, identifier l’utilisation de leur intelligence dans l’activité professionnelle. Ce qui revient à poser la question de la reconnaissance au travail. La reconnaissance de soi par autrui est la finalité des individus au travail. Parce qu’il est nécessaire qu’ils soient reconnus au travail, les individus vont donc combler les différences existantes entre la définition du poste et la réalité des situations de travail qu’ils rencontrent. Il est ainsi possible de souligner les impacts que la connaissance et la reconnaissance du travail réel peuvent entraîner pour l’individu au travail.

Entre la valorisation intérieure et la reconnaissance extérieure, les individus doivent naviguer prudemment pour ne pas risquer de perdre le fragile équilibre qui leur permet d’améliorer une image de soi valorisée par les signaux encourageants reçus de l’extérieur. Pour autant les individus ne s’engagent dans une médiatisation de ces savoirs acquis pendant le travail réel que lorsque les risques d’une dépréciation, voire d’un déni sont réduits. C’est dire « s’ils sortent rarement du bois », les risques étant bien réels de sanctionner des comportements, issus d’apprentissages informels, considérés comme déviants ou non conformes aux attendus.

 

source image: flickr - shimmeritje

Recherche

Derniers Articles