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socialearning - la reconnaissance est ce qui donne sens  notre souffrance dans le travail et la transforme en plaisir

L’implication des personnels dans ses dimensions comportementales, comme l’adaptation, la réactivité, de plus en plus requise dans les organisations de travail, n’est pas sans ambiguïté. Le recours fréquent au terme savoir être me paraît nécessiter un « arrêt sur image ».

L’individu évolue dans la double contrainte de devoir satisfaire l’outil de production ou la qualité de service, tout en conciliant une exigence de reconnaissance individuelle, nécessaire à une implication dans son travail. Cette double dimension prend parfois l’allure d’un parcours du combattant, quand ce n’est pas un chemin de croix, à en croire les plaintes émanant des salariés stigmatisant le peu de reconnaissance dont ils font l’objet, coincés qu’ils sont, entre des procédures à suivre et, la nécessaire prise d’initiative et de créativité, rendue nécessaire par les nouvelles conditions de travail. Le plaisir de la reconnaissance identitaire d’un travail dans lequel ils se sont investis fait alors place à la souffrance d’une méconnaissance des réalités professionnelles dans lesquelles ils s’abîment comme l’a souligné Christophe Dejours.

En effet, nous ne travaillons pas uniquement pour l’argent, mais aussi pour la recherche de reconnaissance. En effet, le travail peut engendrer un décalage, sous-estimée, voire méconnue. Ce décalage vient de la différence entre « l’organisation prescrite et l’organisation réelle du travail ». Celui qui entre dans une entreprise y vient avec le savoir, théorique et pratique, acquis à l’école…et il se heurte alors à « l’expérience du réel, qui est désagréable ». Mais pourquoi ? « Parce que le réel « résiste » : un outil vibre, un ouvrier a mal compris, un chef sacrifie la qualité à l’urgence…Pour faire face, il faut mobiliser une intelligence particulière, qui demande de « subjectiver » le travail : acquérir une familiarité avec la matière et les objets techniques qui passe par le corps ; de s’impliquer affectivement dans son travail au point d’être habité par lui, d’en rêver…En échange de cet engagement de tout son être, le travailleur attend une rétribution morale : la reconnaissance. Au double sens du terme : la gratitude, mais aussi, et surtout, l’admission du fait qu’il « sait faire » -la chaudronnerie, la médecine…- et, plus encore « sait être » : il est devenu un chaudronnier, ou un médecin. « La reconnaissance est ce qui donne sens à notre souffrance dans le travail et la transforme en plaisir » dit Christophe Dejours.[1]

Cette dimension subjective de l’engagement des personnels dans leur activité si importante dans nos organisations de travail est un sujet trop sérieux pour ne pas être « discuté ». Alors plutôt que de retenir que le terme « savoir être » qui implique une prise en compte de la personne dans toutes ses dimensions (y compris privée), pourquoi ne pas recourir au vocable de savoir comportemental ? Ce terme recouvre ce qui est observable dans un contexte professionnel donné sur la façon dont se comporte un professionnel.

[1] La guerre économique vue par un psychanaliste de Claudie Bert dans Sciences Humaines n°104 Avril 2000.

 


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