Socialearning - le blog

« Le savoir qui est une valeur de consommation devient une valeur d'échange.

L'utilité du savoir fait du savoir une denrée qui est désirable non plus par quelques amateurs, mais par tout le monde. Cette denrée se préparera sous des formes de plus en plus maniables ou comestibles. Elle se distribuera à une clientèle de plus en plus nombreuse, deviendra chose de commerce, chose qui s'exporte, chose enfin qui se meut, qui se produit un peu partout. »

Ce texte de Paul Valéry datant de 1919 sert d’introduction à l’ouvrage de Jacques Perriault, « L’accès au savoir en ligne » paru en 2002. Jacques Perriault est l'un des premiers chercheurs français à s'être penché sur les NTIC, en particulier leurs usages et leur appropriation.

L'effet diligence de Jacques Perriault

Pour Jacques, ce texte décrit parfaitement ce qui commence à arriver dès les années 70 : La double instrumentation du savoir. Instrumentalisation comme denrée, et comme instrumentation technologique de cette denrée. Il comprend qu’il s’agit là d’un processus culturel de grande ampleur et de grande durée.

Dans un entretien à la revue Médiamorphose, en 2001, il note que « la volonté de propager la connaissance par des médias, par des machines à communiquer est une caractéristique de la pensée occidentale, depuis le XVIIe siècle. On cherche à véhiculer la connaissance par des machines : la lanterne magique, le phonographe, l'ordinateur. La question du lien entre médias et éducation ne date pas d’aujourd’hui, elle est liée à une sorte de croyance héritée des Lumières : la connaissance est universelle et les machines peuvent aider à la propager : ce projet utopique traverse les siècles…

On constate également, au plan historique, qu’à chaque proposition d'innovation, il y a une inertie de la part des institutions – j'ai appelé ça l'effet diligence – qui fait que ça ne marche pas. Car si la production du sens est claire pour celui qui promeut l'innovation, elle ne l’est pas forcément pour celui à qui on la propose. Tout se passe comme si ceux qui proposaient l'innovation technologique pensaient chaque fois : Ça y est, j’ai trouvé la solution pour améliorer la connaissance : ça va de soi, mais ça ne va pas de soi pour tout le monde. Quelque chose dans notre culture refuse absolument de l’admettre et veut imposer l’innovation à tout prix. »

L'effet diligence est une notion fondamentale pour l'histoire des techniques et des technologies. Jacques la définit ainsi:

« Une invention technique met un certain temps à s’acclimater pour devenir une innovation, au sens de Bertrand Gille, c’est-à-dire à être socialement acceptée. Pendant cette période d’acclimatation, des protocoles anciens sont appliqués aux techniques nouvelles. Les premiers wagons avaient la forme des diligences. »

Si l’on réfléchit un instant, les exemples d’effet diligence sont légions quelque soit le secteur que l’on regarde. Dans le cas de l’apprentissage, au début du e-learning, les manuels scolaires ont été débités en tranches pour être mis sur Internet. Or, il ne suffit pas de mettre des connaissances sur un écran et de les scénariser pour que les gens apprennent. C’est pourtant, pour leur grande majorité, ce qui arrive avec les MOOCs. L’histoire se répète. Une nouvelle disruption arrive. Et la diligence repart.

Et vous, quels exemples d’effet diligence connaissez-vous ?

Recherche

Derniers Articles